Mercredi 21 mars 2007 3 21 /03 /Mars /2007 10:37



Affaire Placanica : les conséquences pour les jeux en France
Après l'arrêt Gambelli, l'affaire Placanica porte un nouveau coup aux monopoles de jeux en Europe. Cet arrêt risque de sonner le glas de la politique française en matière de jeux.
(20/03/2007)

Dans un arrêt retentissant, la Cour de Justice des Communautés Européennes vient de rendre une décision qui aura indubitablement - et au grand dam de certains - comme conséquence, à moyen terme, une ouverture règlementée du marché des jeux en Europe (CJCE, 6 mars 2007, aff. C-338/04, C-359/04, C-360/04, procédures pénales c/Massimiliano Placanica).

La France ne devrait pas faire exception à la règle, même si les nouvelles dispositions en matière de jeux insérées dans la loi sur la prévention de la délinquance, semblent indiquer le contraire.

En effet, à l'occasion de la désormais célèbre affaire "Placanica" - du nom d'un des intermédiaires en Italie de l'opérateur de paris britannique "Stanleybet " - la CJCE a jugé les sanctions pénales italiennes pour les collectes de paris par des intermédiaires agissant pour le compte de sociétés étrangères contraires au droit communautaire :

"Un État membre ne peut appliquer une sanction pénale pour le défaut d'accomplissement d'une formalité administrative qu'il refuse ou rend impossible en violation du droit communautaire."

Ce faisant, la CJCE confirme sa décision "Gambelli" rendue en novembre 2003, par laquelle elle avait déjà fortement limité la possibilité pour les Etats membres de restreindre la libre prestation de services intra communautaires. En vertu de l'arrêt "Gambelli", les Etats membres doivent prouver qu'ils ont une politique de jeux cohérente et systématique - autrement dit qu'ils n'interdisent pas aux opérateurs européens de fournir leurs services sur leur territoire sur le fondement de la protection du consommateur tout en favorisant leurs propres monopoles- pour pouvoir limiter l'offre de jeux d'argent.

Les antécédents
La loi italienne subordonnait l'organisation de jeux de hasard ou la collecte de paris à l'attribution préalable d'une concession et d'une autorisation de police. Des concessions avaient été attribuées par le biais d'appels d'offres qui excluaient les opérateurs constitués sous la forme de sociétés dont les actions étaient cotées sur les marchés réglementés, autrement dit les sociétés cotées en bourse.

Or, les plus grosses sociétés de jeux et paris en ligne établies en Europe sont cotées en bourse. Tel est par exemple le cas de "Partygaming", cotée à la bourse de Londres, pour ne citer que la plus connue.

A l'occasion d'une instance engagée à l'encontre de monsieur Placanica par les autorités italiennes, le tribunal italien de Larino avait saisi la CJCE d'une question préjudicielle sur la base de l'article 234 du Traité instituant les Communautés Européennes, afin de savoir si la législation italienne était compatible avec les principes communautaires de la liberté d'établissement et de la libre prestation de service.

Ce recours a eu lieu sur fond de conflit entre la jurispudence "Gambelli" de la CJCE et celle de la cour de cassation italienne.

La décision de la CJCE
La CJCE rappelle que si les restrictions à la liberté d'établissement ainsi qu'à la libre prestation des services peuvent être justifiées par des "raisons impérieuses d'intérêt général" telles que des raisons d'ordre moral ou religieuses, elles doivent aussi respecter les conditions de proportionnalité et faire partie d'une politique "cohérente et systématique".

En ce qui concerne l'octroi de licence, la Cour juge que le fait que le nombre de licences disponibles ait été considéré comme "suffisant" pour couvrir l'ensemble du territoire, ne peut justifier des restrictions à la libre prestation de services et à la liberté d'établissement.

Elle considère ensuite d'une part qu'un système de licence peut constituer un mécanisme efficace de contrôle des opérateurs de jeux afin de prévenir l'exploitation de ces activités à des fins frauduleuses et criminelles ;

D'autre part - et c'est là un nouvel argument décisif de la Cour en faveur de l'industrie du jeu - en ce qui concerne l'exclusion des sociétés cotées de la procédure d'octroi de licences, elle juge que cette exclusion va au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre l'objectif visé.

Par conséquent, le défaut d'autorisation de police ne peut être reproché à des personnes qui n'auraient pas pu les obtenir, du fait qu'elles avaient été exclues de l'octroi d'une concession en totale violation du droit communautaire.

Enfin, la Cour réaffirme qu'un État membre ne peut pas appliquer une sanction pénale pour une formalité administrative non remplie, lorsque l'accomplissement de cette formalité est refusée ou rendu impossible par l'État membre concerné en violation du droit communautaire.

Les conséquences probables de l'arrêt en France
Alors que la France - déjà sous le coup depuis octobre 2006 d'une procédure d'infraction de la Commission européenne en raison de sa règlementation restrictive en matière de paris sportifs - vient d'adopter une nouvelle loi prévoyant des mesures plus sévères à l'encontre des opérateurs de jeux étrangers, cet arrêt risque de sonner le glas de la politique française actuelle en matière de jeux.

En effet, il y a fort à parier que la politique française en matière des jeux viole le droit communautaire : même si aucune juridiction française ne s'est encore prononcée sur le sujet, cette politique n'est certainement ni "cohérente" ni "systématique" au sens de la jurisprudence de la CJCE. En effet, la France encourage vigoureusement l'offre de jeux à travers ses propres monopoles, la Française des Jeux et le PMU, tout en empêchant les étrangers d'offrir leurs services en invoquant des motifs tirés de la protection du consommateur.

Ceci signifie qu'elle viole le droit communautaire. La Commission aura l'occasion de se prononcer dans quelques mois à ce sujet dans le cadre de l'enquête ouverte contre la France.

Or, la législation française en matière de jeux punit de sanctions pénales ceux qui participent à la tenue d'une maison jeux de hasard (loi du 12 juillet 1983 sur les jeux de hasard) et ceux qui organisent des loteries et paris sportifs (loi du 21 mai 1836 sur les loteries). Elle punit aussi pénalement ceux qui font de la publicité pour des jeux d'argent.

C'est d'ailleurs sur le fondement de la publicité pour un site de paris sportifs interdit que les CEO de Bwin ont été poursuivis en France quand la société autrichienne a voulu conclure un accord de sponsoring avec le FC Monaco. Bwin voit donc certainement déjà dans la décision de la CJCE un élément très favorable à sa défense face aux poursuites ouvertes contre elle en France.

En effet, en vertu de la décision Placanica qui interdit les sanctions pénales lorsque l'accomplissement d'une formalité est refusée ou rendu impossible en violation du droit communautaire, il est fort probable que la France soit obligée à moyen terme de réviser sa législation dans le sens d'une moins grande sévérité en supprimant les sanctions pénales existantes et celles prévues par la nouvelle loi.

Par ailleurs, eu égard à la décision de la Cour interdisant l'exclusion d'opérateurs privés d'une procédure d'octroi de licences, il faut noter que la France ne permet pas à l'heure actuelle à des opérateurs européens privés (tels que les sociétés de jeux en ligne) de postuler pour une licence de jeux.

Ainsi, elle sera certainement obligée à moyen terme de prévoir un système d'octroi de licence ouvert (c'est-à-dire non discriminatoire) mais néanmoins règlementé - comme c'est déjà le cas au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, et bientôt en Belgique - d'autant que la licence de la Française des Jeux arrive à expiration en 2008.

En attendant, la décision de la CJCE apportera de l'eau au moulin des opérateurs de jeux européens qui y voient déjà une occasion sans précédent de pénétrer le marché français, un marché important en Europe.

S'ils se voyaient opposer un refus de la part de l'administration française face à une demande de licence, ils seraient forts d'invoquer l'arrêt Placanica et d'obtenir que la France révise sa règlementation plus tôt que prévu...






Thibault Verbiest
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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /Mars /2007 21:10
Game Over?

 Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné Patrick Partouche, le président du directoire de Groupe Partouche, à un an de prison avec sursis et 40.000 euros d'amende pour avoir prêté son nom à un site de poker en ligne. Le site était basé à l’étranger.

Rappelons qu’en avril 2006, Patrick Partouche avait déposé une plainte contre l'Etat français auprès de la Cour européenne, afin d'obtenir la levée de l'interdiction de créer des jeux en ligne pour les opérateurs de casinos français. Seuls la Française des Jeux et le PMU sont autorisés en France à proposer des jeux d'argent, "la législation en France n'autorisant pas les opérateurs privés à offrir des jeux de hasard en ligne", qui sont un monopole d'Etat. Deux administrateurs du site ont été condamnés à la même peine que Patrick Partouche. La société Partouche International a, de son côté, écopé d'une amende de 150.000 euros.
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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 14:54

Vous avez entre 25 et 45 ans ? Vous êtes actif, internaute et fier de l'être (mais pas trop quand même) ? Vous disposez d'une webcam et vous effectuez régulièrement des transactions sur Internet ? Vous ne le savez peut-être pas encore, mais vous êtes dans le coeur de cible de Monabanq.com.

Cet établissement bancaire de taille moyenne (200 000 clients actifs), qui compte parmi ses actionnaires le groupe 3 Suisses International et le spécialiste de crédit Cetelem, a décidé de s'imposer sur le marché ô combien difficile de la banque en ligne. Car, après les échecs cuisants il y a quelques années de Zebank (Bernard Arnault) et d'Egg (Prudential), l'heure n'est plus aux stratégies de conquête démesurée mais plutôt au développement pragmatique.

Pour convaincre ses futurs clients, Monabanq.com a donc opté pour la proximité et l'innovation technologique. Dès sa première visite sur le site, l'internaute est invité, par la lecture d'une vidéo, à découvrir de quoi est faite son agence bancaire virtuelle. Pour un peu, on se croirait dans Second Life. Mais les nouveautés du site mis en ligne la semaine dernière concernent avant tout trois autres points : le « visio rendez-vous », la signature électronique et le dispositif Monascan.

Le « visio rendez-vous », présenté comme une première mondiale, est une idée de bon sens qui accompagne les nouveaux usages de l'internaute. « Nous sommes partis du constat que deux tiers de nos clients disposaient déjà d'une webcam », explique le directeur général de Monabanq, Alain Colin. La suite est assez simple. Il s'agit pour le client-internaute de converser en vidéo et en ligne avec un conseiller bancaire personnel. Avec à la clé, des horaires très larges de consultation (de 8 heures à 22 heures en semaine et de 8 heures à 20 heures le samedi).

Concrètement, le rendez-vous est pris par e-mail. Un courrier de confirmation est envoyé et il ne reste plus alors au client qu'à cliquer sur le lien « Call me » pour être mis en relation à l'heure dite avec son interlocuteur. Petit défaut du système pour les puristes, l'absence de cryptage spécifique des données et d'une architecture de sécurité. Les rendez-vous se déroulant avec un logiciel comme Skype, Wengo, etc., qui n'ont pas été développés par la banque.

Signature électronique et bordereau numérique

Deuxième nouveauté : la signature électronique. Monabanq est l'un des premiers établissements bancaires à proposer ce type de prestation en ligne à des particuliers, même si son usage est réservé aux clients déjà titulaires d'un compte. L'ouverture d'un livret bancaire, par exemple, est réalisable en ligne de bout en bout, sans avoir à renvoyer aucun document papier par la Poste. Le contrat électronique remplace le contrat papier, la signature électronique ayant la même valeur légale qu'une signature manuscrite. La mise en oeuvre du dispositif a été confiée à Keynectis, l'un des tiers de confiance de référence du marché, qui a déjà pris en charge pour le compte du ministère des Finances en 2006 les quelque 6 millions de télédéclarations effectuées par les Français sur Internet.

Enfin, ouvert depuis quelques jours, Monascan offre aux clients de Monabanq.com la possibilité de scanner ou de transmettre au format PDF et en temps réel des pièces justificatives à son conseiller. En bonus, un « bordereau numérique » permet de faire créditer ses chèques instantanément avant de les envoyer par la Poste, en indiquant en ligne le montant et les références.

Si l'on ajoute à cela le MonaCoffre, un coffre-fort numérique pour conserver ses documents électroniques les plus précieux, et des projets sur la téléphonie 3G, Monabanq.com et ses 200 conseillers basés à Wasquehal, dans le Nord, pourraient bien à terme se faire une place de choix sur ce marché aux côtés des acteurs déjà présents comme Axa Banque ou Boursorama.

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Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /Fév /2007 20:21
E-Formalites veut simplifier en ligne les formalités administratives des entreprises
Européenne de formalités entend développer sur Internet son métier de base. Elle vient de boucler un second tour de table de 6 millions de francs auprès de Natexis Banques Populaires

Européenne de formalités vient de boucler un second tour de table d'un montant de 6 millions de francs auprès de Natexis Banques Populaires, après avoir déjà reçu 4 millions de la part de business angels au mois d'avril 2001. Créée en 1999, cette société veut profiter d'Internet, via son site E-Formalite.com, pour améliorer encore un peu plus son métier de base qui consiste à "simplifier les formalités juridiques pour les entreprises". "Pour un professionnel, la chaîne actuelle d'enregistrement au greffe est, par exemple, trés complexe et fastidieuse, souligne Sabine Cohen, présidente d'E-Formalités. Entre notre travail en amont pour vérifier les données du client, les différentes saisies et l'impression des papiers, la procédure est longue. Avec Internet on peut désormais dématérialiser une grande partie de ce travail", estime-t-elle .

La société a donc mobilisé ses équipes cette année pour développer son portail et des outils adaptés à ces problématiques. "Le principal écueil lors d'un enregistrement réside dans la cohérence des données fournies par le client, souligne Sabine Cohen. Nous avons donc mis au point avec notre prestataire Adrenaline et nos conseillers un logiciel qui permet d'accompagner le client lors de la saisie et de contrôler ainsi la cohérence de l'enregistrement."

E-formalites a d'ailleurs tissé des relations avec le greffe du tribunal de commerce de Paris pour mettre en adéquation les systèmes informatiques des deux entités. "Nous avons fait plusieurs réunions avec eux, car ils sont certainement le plus gros centre en France, estime la présidente d'E-Formalités. Par ailleurs, avec Digigreffe, ils sont en pointe au niveau de la signature électronique, un élément crucial dans notre activité. Nous avons ainsi établi un pont informatique entre E-Formalités et leurs architectures en partageant les frais d'installation." Selon elle, "les greffes sont favorables à ce type de mesure dans la mesure où cela permet d'améliorer la rapidité de traitement des procédures administratives".

Outre ces systèmes d'enregistrements virtuels, qui pourront notamment être vendus "sous forme d'abonnement", le site proposera également une palette d'informations dans le domaine juridique et social à destination des professionels du secteur. Pour attirer cette clientèle, le site devrait "utiliser une large partie des fonds levés auprès de Natexis" pour des opérations marketing. La société, qui emploie huit personnes, vise la rentabilité d'exploitation d'ici mi-2002.

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Jeudi 1 février 2007 4 01 /02 /Fév /2007 15:13

Frédéric Pottier - Consultant spécialiste du jeu et de l'Ethique, Master Philosophie Politique et Ethique Paris IV la Sorbonne / EHESS. - Fairplayers.com
Jouer est-il encore un jeu ? Quand le jeu fait place à l'enjeu...

Frédéric Pottier - Consultant spécialiste du jeu et de l'Ethique, Master Philosophie Politique et Ethique Paris IV la Sorbonne / EHESS.
Le jeu n'est pas simplement un loisir, chez les enfants, il est source d'émancipation et d'apprentissage. Sous la forme d'exercices physiques, de sports, il permet d'entretenir notre corps qui, dégagé par la modernité des travaux les plus pénibles, à besoin de compenser son manque d'activité.

Il n'y a donc rien d'étonnant à éprouver le besoin de jouer, l'on peut même considérer qu'il s'agit là d'un penchant tout à fait naturel. Ce qui distingue l'homme dans son appréhension du jeu est similaire à la distinction qui le caractérise au sein du règne animal, l'homme est capable de passion. Il peut en cela devenir victime de ses pulsions, se laisser emporter au-delà de certaines limites, briser les règles essentielles à la bonne tenue d'une activité sociale. Les exemples de tels débordements sont courants, d'autant plus que la spéculation autour du jeu, du sport, ne cesse d'augmenter.

Le rôle joué par les médias est évidemment majeur, consacrant les sportifs « héros » modernes, ils entretiennent une étonnante confusion dans l'ordre des valeurs. Il est vrai qu'à l'heure actuelle, certains footballeurs sont d'avantage considérés pour la taille astronomique de leur compte en banque que pour leurs exploits sur le terrain ou leurs qualités humaines en dehors de celui-ci. Ils sont alors représentatifs d'un système qui se désagrège sous le poids des entorses diverses et variées faites à l'éthique au profit du bénéfice. Apprendre le respect à partir d'un modèle irrespectueux n'est jamais aisé, et beaucoup, aveuglés par la lumière de leurs ambitions, ne se rendent pas compte du mal qu'ils font.

Les loisirs prennent une ampleur de plus en plus importante dans la société. Ils accompagnent le progrès, l'amélioration régulière du niveau de vie qui permet de dégager le temps nécessaire à la pratique d'activités en dehors du travail, mais aussi les moyens techniques qui simplifient l'accès à toutes formes de divertissements. En dehors d'une élite de professionnels, la masse joue « pour se faire plaisir », à la recherche de sensations nouvelles, de moments festifs. Sont ils pour autant à l'abri de comportements subversifs ? Rien n'est moins sur?

Heureux sont les exemples de réussites de chômeurs qui, pour une somme modique, sont devenus millionnaires en grattant un ticket ou en cochant quelques cases. Via internet l'on connaît une explosion sans précédent de sites de jeux d'argent, casinos, paris, poker. Là encore sont mis en avant la réussite de quelques uns que la chance a accueillis favorablement, mais qu'en est-il des autres ?

Dominé par « l'appât du gain », chacun est conscient que la perte fait partie du jeu, même si l'on est en droit d'exiger la plus parfaite équité dans les possibilités de gain, mais est ce suffisant ?

N'est pas homme celui qui ne succombe au chant des sirènes, face aux promesses alléchantes certains succombent à la tentation au détriment de la raison. Une difficulté accrue par le manque d'interlocuteurs, jouer ne se pratique plus forcément en présence ou par l'intermédiaire de qui que ce soit, l'absence du facteur humain est ici préjudiciable.

Il s'agit donc, face aux attaques répétées de l'intérêt sur le plaisir, de rétablir un cadre régulateur dans lequel le joueur puisse évoluer en sécurité, dans le respect de sa condition d'homme. L'ambition est de revenir à une éthique qui fait actuellement défaut, en régulant les agissements contraires à la déontologie tout en rétablissant l'intérêt de l'homme face à l'intérêt économique et, pour une fois, tout le monde peut y gagner.

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Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /Jan /2007 11:49
S'agissant des jeux d'argent, la Commission européenne a entre ses mains un double choix : juridisme et conflit d'un côté, pragmatisme et apaisement de l'autre. En adressant à la France, le 18 octobre 2006, une demande formelle d'information sur les dispositions législatives françaises relatives aux paris sportifs, le commissaire au Marché intérieur, Charlie McCreevy, avait expliqué que son initiative n'avait d'autre but que de s'assurer, comme le traité en fait obligation à la Commission, que les mesures mises en place par les États de l'Union européenne sont " pleinement compatibles avec le droit communautaire ". La réponse précise, détaillée et argumentée, que les autorités françaises ont apportée à cette " mise en demeure " devrait lever tous les doutes qui auraient pu exister.


Elle démontre que la France est pleinement respectueuse du droit européen, tel qu'il a été notamment interprété par la Cour de justice européenne dans son arrêt Gambelli de novembre 2003 et par plusieurs hautes juridictions européennes.

L'encadrement des loteries et des paris sportifs mis en place se trouve, en effet, dicté exclusivement par l'intérêt général, c'est-à-dire la préservation de l'ordre public et la protection des personnes, s'avère strictement proportionné à cet impératif et n'est aucunement discriminatoire. Ses retombées sont, en outre, bénéfiques pour le plus grand nombre, mais aussi pour le sport et le commerce de proximité. Cette démonstration étayée suffira-t-elle à refermer la procédure engagée par la Commission et mettre un terme au mauvais procès fait de manière récurrente à plusieurs pays, dont la France ?

Poser la question ne trahit pas un manque de conviction. Certains se sont en effet étonnés qu'une première étude du dossier par la Commission ait été, par sous-traitance, confiée à un institut financé par des sociétés privées de jeux et de paris. D'autres ont vu, dans la vague de procédures engagées depuis le printemps à l'encontre d'États respectueux des " règles du jeu ", la conséquence de l'exclusion des jeux du champ de la directive services. Comment, enfin, ne pas être perplexe en relevant, dans la " mise en demeure " de la France, des données obsolètes, approximatives, voire inexactes, issues pour la plupart d'une étude réalisée pour le compte d'un contempteur de la réglementation française ?

Pas de " marché libre du jeu "

Au niveau de la Commission, une clarification est donc souhaitable. Il lui appartient de mettre fin à tout soupçon en ouvrant un débat non biaisé avec tous les États de l'Union et les parties prenantes. Un débat qui partirait d'une réalité partagée par une majorité de capitales et par les juges européens : le jeu n'est pas une activité banale. Sauf ignorance de ses dérives potentielles (addiction, mise en péril de situations sociales, criminalisation des paris, blanchiment d'argent...), personne ne peut vouloir d'un " marché libre du jeu ".

Que les choses soient claires : il ne s'agit pas de prohiber le jeu, ni même d'empêcher son développement contrôlé. Il s'agit, lorsqu'il est autorisé, de lui faire emprunter une voie légale, sûre et responsable. Ainsi, si, pour les loteries, aucune autorité sérieuse ne parle de les déréguler, il n'en reste pas moins souhaitable que des principes communs soient établis : protection de l'ordre public, interdiction du jeu des mineurs, responsabilité sociale.

Pour les paris, les modes d'organisation sont plus divers et relèvent du choix des États, allant du monopole aux licences en passant exceptionnellement par la libre prestation. Mais comment nier que le développement du jeu en ligne, par essence sans frontières, pose des problèmes dans le monde et au sein de l'Union européenne ? En particulier les jeux de casino en ligne, en raison des risques de très forte addiction. C'est pourquoi, en dehors d'opérateurs friands de défiscalisation, personne - les États-Unis l'ont solennellement rappelé - n'accepte les jeux offshore, dont l'accès doit pouvoir être interdit. Internet est cependant une réalité qui exige que soit sérieusement étudiée l'opportunité d'une intervention du niveau européen, en complément des réglementations nationales. Il ne s'agit là que de quelques pistes de réflexion, mais l'heure est assurément venue de prôner ce débat et de dégager, si on le veut, des solutions de bon sens.

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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /Jan /2007 10:22
 
APRES LES DERNIERES ARRESTATIONS AUX USA VISANT LES SOCIETES DE PAIMENT EN LIGNE, L’ATEI S’OUVRE LE 23 JANVIER A LONDRES SUR LE THEME DE LA LUTTE CONTRE LE CYBERCRIME

 

Paris, le 23 janvier 2007 – Le plus grand salon mondial de l’industrie du jeu, l‘ATEI, ouvre ses portes le 23 janvier à Earls Court à Londres avec une conférence majeure sur la lutte contre le cybercrime visant particulièrement les sites de jeu. Cette conférence examinera les nouvelles menaces qui pèsent sur l’industrie du jeu en ligne et les moyens de s’en préserver. Il s’agira d’aborder les moyens technologiques (sécurisation des réseaux IP, des systèmes de paiement en ligne…) et les moyens de communication afin de mutualiser et de partager entre opérateurs, mais aussi avec les états, informations et expériences.

 

Le cybercrime est le cœur des préoccupations des opérateurs de jeu en ligne, qui investissent tant en Recherche & Développement, qu’en moyens humains et technologiques pour préserver une industrie qui a encore ses preuves à faire vis-à-vis d’états comme les Etats-Unis ou la France pour qui les sites de jeu sont illégaux et leurs dirigeants susceptibles d’être arrêtés.

 

En effet, le 16 janvier 2007, les deux britanniques Stefen Lawrence et John Lefebvre, fondateurs de Virtual Wallet, société de paiement en ligne filiale de NETeller, ont été arrêtés aux Etats-Unis. La raison invoquée par le gouvernement américain serait la fuite des capitaux et le blanchiment d’argent. Suite à cette arrestation, NETeller a annoncé, le 18 janvier, la suspension de ses services de paiement en ligne pour le compte de sites de jeux d’argent et leurs clients américains.  La décision de NETeller s’inscrit dans une volonté de montrer qu’elle respecte la nouvelle législation américaine (UIGEA) et d’instaurer un climat de confiance avec les autorités. Les fondateurs de NETeller risqueraient jusqu’à 20 ans de prison si la charge de blanchiment d’argent était avérée.

 

Suite à cette situation américaine, les opérateurs de jeu européens ont bien compris la nécessité d’ouvrir un dialogue avec les états et de démontrer leur engagement éthique en terme de Jeu Responsable et d’être force de proposition pour aider les gouvernements à mieux discerner les cybercriminels des vrais acteurs du marché. Une nouvelle tendance qui a conduit, le 5 janvier dernier, EBA (European Betting Association) à adresser une lettre de doléances au gouvernement français afin de demander à ce dernier d’ouvrir un dialogue sur la possibilité d’une légalisation encadrée du secteur des paris sportifs en ligne. De leur côté, les autorités françaises prévoyaient de renforcer la lutte contre les sites Internet de jeux d'argent avec un projet de loi relatif à la prévention de la délinquance (relecture au Sénat qui a eu lieu du 9 au 11 janvier dernier).

 

Présent à l’ATEI du 23 au 25 janvier, un acteur de la régulation en France, le label FairPlayers.com, a mis au point des outils destinés aux Etats et aux opérateurs légaux permettant de certifier tous les opérateurs de jeux : Sécurisation des personnes sensibles (mineurs), Contrôle de la sincérité des jeux, Sécurisation des paiements en ligne. Ces solutions sont apportées au marché par le partenariat Keynectis-Fairplayers. Ce partenariat est unique puisqu’il réunit pour la première fois des opérateurs du domaine éthique, technologique et institutionnel proposant une solution commune de services de confiance avec une exclusivité mondiale. Ces solutions sont déjà reconnues par l’Etat français dans le domaine des banques et  de la finance. Notaire électronique, le label Keynectis-FairPlayers propose d’appliquer désormais ces solutions dans le domaine des jeux. En savoir plus : keynectis.com,  fairplayers.com, adictel.fr

 

Quant aux joueurs, l’AFJL en partenariat avec Liet Editions, a mené une enquête d’opinion visant à identifier les profils et les comportements de 400 000 joueurs en ligne actifs français vis-à-vis des sites de jeux. Les résultats de cette étude seront publiés fin janvier 2007.

 

 

A propos de l’AFJL

 

L’AFJL est la 1ère agence française indépendante spécialisée dans la veille et l’analyse du marché des jeux sur Internet. L’AFJL mutualise en France les sources d’informations et les avis des acteurs majeurs de l’industrie du jeu en ligne. L’AFJL est un outil d’intelligence économique qui contribue à donner aux institutions, aux média et au grand public une vision plus réaliste de cette industrie.

 

Contact : www.afjl.fr                Alexandra Musseau, fondateur - T. 06 74 99 73 22 – E. alexandra@afjl.fr

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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /Jan /2007 10:20
Depuis le 1er novembre 2006, l’entrée dans les salles de machines à sous et de jeux de table est soumise à une vérification d’identité systématique afin de garantir que les personnes interdites de jeu et les mineurs ne puissent pas pénétrer dans les espaces de jeux.

Les casinos* du Groupe Moliflor Loisirs veulent épargner cette contrainte à leurs clients et lancent le service Pass Express pour un accès à leurs espaces de jeux sans attente et en toute liberté.

Ce Pass fonctionne avec la technologie de carte dite RFID (Radio Fréquence Identification), la même que celle des télépéages sur l’autoroute. La carte reste dans le portefeuille, la poche ou le sac à main. Il suffit au client de passer entre deux bornes qui reçoivent le signal de la carte et valident l’identité automatiquement.

Autre grand avantage pour les clients du casino, le service Pass Express peut être couplé à la carte de fidélité du casino pour cumuler des points et bénéficier d’avantages.

Pour bénéficier de ces nouveaux services, rien de plus simple, il suffit de se présenter à l’accueil du casino avec une pièce d’identité. C’est la première et seule fois ou il sera demandé au client de présenter son identité pour entrer dans l’espace de jeux.
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Vendredi 19 janvier 2007 5 19 /01 /Jan /2007 02:23
L’interdiction, en octobre, des jeux d’argent en ligne aux Etats-Unis a provoqué un véritable séisme parmi les opérateurs du secteur cotés à Londres, les contraignant à tirer un trait sur une large part de leur activité. Domiciliés pour la plupart dans des paradis fiscaux, ils se recentrent aujourd’hui sur le Royaume-Uni, premiermarché européen du « e-gambling ». Et regardent vers l’Europe et l’Asie.
Qui raflera la mise ? Les principaux bookmakers britanniques ? Les grands casinos américains ? Les opérateurs de jeux d’argent et de hasard sur Internet issus de la fusion des sociétés qui auront survécu à la fermeture du marché américain ? Les paris sont plus que jamais ouverts à la City. Et les investisseurs plus que jamais attentifs aux moindres signes de concentration.
Concentration d’ailleurs amorcée puisque, voici quelques jours, PartyGaming, la troisième capitalisation boursière du secteur à Londres, a annoncé la reprise d’Empire Online et d’Intercontinental Online Gaming. Cela après que, début novembre, Ladbrokes, le plus gros bookmaker britannique, eut admis avoir entamé avec le casinotier virtuel 888 Holdings, inscrit comme lui au London Stock Exchange (LSE), des discussions préliminaires en vue d’un éventuel rachat.


La prohibition décrétée outre-Atlantique a durement affecté les cours de Bourse des opérateurs de jeu en ligne et amputé leurs revenus.

Chez les investisseurs, le coeur n’y est pourtant plus. Et pour cause. Entre le 17 juillet, date de l’inculpation pour fraude et escroquerie par la justice américaine du PDG de BetOnSports, et le 13 octobre, date de la promulgation parGeorge Bush de l’Internet Gambling Enforcement Act, officialisant la prohibition outre-Atlantique, la valorisation boursière de la vingtaine d’opérateurs de jeux sur Internet cotés à Londres a fondu de quelque… 5 milliards de livres.
Malgré l’annonce quasi immédiate de leur retrait du marché américain, 888 et PartyGaming ont ainsi vu leurs titres perdre respectivement la moitié et les deux tiers de leur valeur. Plus
atteints encore, SportingBet (− 82%) et Leisure & Gaming (− 93 %) ont dû se résoudre à céder sur le champleurs activités américaines pour un dollar symbolique. Quant aux actionnaires de World Gaming, leur groupe a étémis sous administration judiciaire. Fin de partie !
Brutal changement d’échelle « Jamais au Royaume-Uni un secteur ne s’était effondré de la sorte et des actifs n’avaient étévendus aussi vite sans l’approbation des actionnaires », reconnaît le site spécialisé Bettingmarket.com. Analyste chez Screen Digest, Ed Barton a beau souligner qu’« une fois le choc initial absorbé par les cours, lemarché a commencé à s’organiser en fonction d’un avenir privé de débouchés aux Etats-Unis », les acteurs des jeux en ligne présents outre-Atlantique ont subi « des dommages permanents, voire, pour certains, fatals ».
Les perdants sont d’abord « ceuxquiont choisi d’ignorer tout à la fois le Wire Act de 1961 [NDLR : cette loi interdit les paris transfrontaliers par téléphone et donc via Internet, selon le département américain de la Justice] et les signes, pourtant clairs, d’un durcissement prévisible de ce texte, optant en faveur d’un “business model” à retour sur investissement élevé mais haut risque », analyse Leighton Vaughan Williams, rofesseur en charge de l’unité de recherche sur les paris de la Nottingham Business School. En revanche, ceux qui ont ignoré les Etats-Unis et/ou accordé leur préférence à un modèle de croissance graduelle, à l’instar de Betfair et Ladbrokes, seraient désormais, d’après lui, les exemples à suivre, voire les moteurs d’une consolidation attendue mais retardéeparles restructurations en cours...
Par Forum Certification Online - Publié dans : Jeux en ligne
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Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /Jan /2007 11:37

Interdits en France, les sites de jeux en ligne s'installent dans des pays "off shore" et multiplient les campagnes publicitaires pour attirer les internautes. Des pratiques qui n'échappent pas à la surveillance du ministère de l'Intérieur. Enquête.

Les services du ministère de l'Intérieur s'intéressent de très près aux sites internet cherchant à appâter les accros français à la roulette ou au black-jack sur ordinateur. Selon nos sources, des enquêtes sont actuellement en cours sur les pratiques de plusieurs "web casinos", accusés de contourner la législation française, notamment le site Kipari.com comme l'a déjà évoqué le quotidien Le Parisien dans son édition du 8 mai dernier.

La législation française s'appuie sur deux textes encadrant l'activité des «jeux avec espérance de gain dû au hasard»: la loi du 12 juillet 1983 sur les jeux de hasard, et la loi 21 mai 1836 sur les loteries prohibées, toujours en vigueur. Par défaut, les jeux d'argents sont prohibés sauf dérogation spéciale accordée aux casinos "en dur" (il en existe aujourd'hui une centaine en France métropolitaine). Prohibées aussi, par défaut, les loteries payantes (pas les tombolas...), sauf également dérogation: dans ce cas, il n'en existe qu'une seule, confiée au monopole d'État, la Française des jeux. Une loterie "gratuite", sans mise d'argent initiale, peut donc être légale, sur le net ou ailleurs.

La loi ne sanctionne pas le joueur sur le net


«La loi française interdit par définition tout casino sur internet et toute implantation de site serveur sur notre territoire, mais elle est incapable comme les autres pays de sanctionner les Français qui jouent sur la Toile», indiquait le sénateur François Trucy dans un rapport fleuve du 20 mars 2002, intitulé "Les jeux de hasard et d'argent en France: l'État croupier, le Parlement croupion?". Ce rapport souligne qu'«il y a en France un seul casino gratuit, BET in PARIS, parfaitement autorisé depuis deux ans par le ministère de l'Intérieur». Mais les joueurs ne gagnent que de la monnaie de singe (des points en échange de cadeaux), assimilable à une tombola.

Pour échapper à l'interdiction française, les nouveaux «casinotiers du web» ont trouvé refuge «dans les paradis fiscaux rebaptisés "zones de fiscalité privilégiée" (!), comme Antigua, Belize, Grenade, les Keys de Floride, les réserves indiennes des USA», poursuit le rapport Trucy, «avec une mention spéciale pour le Costa Rica où la législation autorise tout, mais aussi dans des pays plus proches de nous par la fiscalité plutôt que par la distance, comme l'Islande, la Finlande, l'Australie ou l'Afrique du Sud.»

Leurs serveurs mis à l'abri, ils peuvent partir à l'assaut du marché français (et des autres, évidemment) sans trop de contraintes. Mais pas en toute impunité. Jean-Pierre Alezra, de la direction centrale des Renseignements généraux (RG), prétend que «la jurisprudence de l'affaire Yahoo pourrait être appliquée». Le haut fonctionnaire fait référence à la condamnation, par un tribunal français, d'un site internet hébergé à l'étranger: Yahoo.com pour ses ventes aux enchères d'objets nazis (lire un article à ce sujet de décembre 2000). Condamnation certes, mais Yahoo ne s'est jamais exécuté...

«Nous sommes dans un cas de fraude à la loi, la société est basée dans une zone off shore et est destinée au marché français», indique Jean-Claude Patin, responsable du site juridique Juritel et observateur attentif du droit de l'internet.

Le ministère de l'Intérieur à l'affût


Si les nombreuses campagnes publicitaires font de "Casino on Net" et de "Golden Palace", les deux places les plus visibles sur les sites web français, une autre enseigne a rapidement attiré l'attention: Casino-partouche.com. Peu disposé à laisser ses concurrents "off shore" s'installer sur son marché, le groupe Partouche, premier opérateur national devant les groupes Barrière et Tranchant, s'est distingué: pour faire son entrée sur le net, il a opté pour une formule de contrat de licence de sa marque. Une stratégie de contournement qui n'a pas été du goût du ministère de l'Intérieur; il lui a prestement demandé de fermer son site.

«Le service "Courses et jeux" [chargé de surveiller ces activités au ministère de l'Intérieur, NDLR] est intervenu», explique à ZDNet Raymond Pousaz, détenteur de la fameuse licence pour exploiter le site casino-partouche.com. La société qui l'exploite se trouve dans une zone off shore, à Bélize, un micro-État d'Amérique Centrale.

«Je suis venu en France, et bien que Patrick Partouche [directeur général du groupe éponyme, NDLR] ou son groupe ne soient pas actionnaires, ils m'ont demandé de ne plus accueillir de nouveaux clients» confirme cet intermédiaire. Aujourd'hui, cette adresse renvoie les visiteurs français vers casino770.com, un autre site de jeux exploité par le même Raymond Pousaz.

Renseignement pris auprès de Patrick Partouche (lire notre interview), le lien vers Casino770 a été mis en place sans son accord. «Dans le cas du lien, on peut considérer que c'est une "complicité de fraude à la loi", comme un receleur ou le guetteur dans un cambriolage», analyse Jean-Claude Patin de Juritel.

Autre cas: Kipari.com. Le site fait l'objet d'une enquête initiée par le parquet de Nanterre. Les services du procureur des Hauts-de-Seine ont été alertés par l'offensive de Kipari en direction des internautes français, pour leur proposer des paris sur les matchs de football de première division et les courses hippiques françaises. Une situation qui ne semble pas inquiéter Franck Delmas, l'un des trois fondateurs du site. «Notre société [Euronet] est basée dans l'État du New Jersey [aux Etats-Unis] pour une histoire de légalité. Ce qu'on offre, on ne pourrait pas l'offrir avec une société installée en France. Si on avait dû avoir des nouvelles de la justice, on en aurait déjà eu, pour l'instant nous ne sommes pas inquiétés», nous déclarait-il le 17 mai dernier. Au jour où nous publions cet article, il n'a encore reçu aucune convocation d'un juge d'instruction.

Les sites continuent de faire leur publicité


À l'abri des sanctions prévues par la législation, les sites continuent d'investir dans la publicité pour attirer les internautes français. «Pour ce type de casino, il faut compter un budget pub de l'ordre du million de dollars. On peut faire de la publicité auprès de n'importe quelle régie ou site», reprend Raymond Pousaz, propriétaire de la "licence" Partouche. «Il y a une lecture restrictive de la loi en France. Toute activité de promotion doit faire l'objet d'une autorisation du [service] "Course et jeux". Le fait de choisir le français comme langue pour la publicité n'est pas un argument valable d'interdiction, il y a d'autres pays qui parlent français. Il y a une zone grise entre le texte de loi et son application...» Un argumentaire repris par Kipari: «On n'a pas le droit de faire de la publicité sur des supports classiques, mais comme il y a un flou juridique sur l'internet on arrive à [le faire]. On peut annoncer sur des sites ou dans Newsweek et Time Magazine [des hebdomadaires américains, Ndlr], mais c'est clair qu'on n'aura jamais une pleine page dans l'Équipe!».

Cette situation contradictoire fait le bonheur de certaines régies publicitaires. Pour celles soumises au droit français, comment font-elles pour "gérer" cette catégorie d'annonceurs? Surtout qu'ils ont la réputation d'être bons payeurs, et règlent parfois la note avant parution, alors qu'en règle générale, la publicité se paye à 60 ou 90 jours... Chez Wanadoo Régies, il y a eu «discussion» explique Pierre De Greef, son directeur. «La réponse est très claire, après décision de la direction du groupe, nous n'acceptons plus ces publicités. Nous les avons acceptées jusqu'à la mi-janvier 2002, mais c'est terminé.» Selon lui, un site comme Casino-on-net.com «est le cinquième annonceur dans le monde». Cinquième en termes de «sommes investies» dit-il, sans toutefois apporter d'éléments vérifiables. «Ça tourne en moyenne autour du million [de francs] par trimestre...» Wanadoo Régies reste, par ailleurs, très discrète sur le chiffre d'affaires qu'elle a récolté avant d'avoir "découvert", en janvier 2002, que tout n'était pas si net à accepter ce type d'annonceur.

La même logique du "non merci" s'applique chez Double Click, le grand spécialiste américain des bannières de pub et du tracking des campagnes sur le web. Éric Bournazac, le directeur de la filiale française, nous a raconté avoir fait des «tests» avec Casino-partouche.com, pour finalement décliner la campagne. Autre son de cloche au sein de la régie française HI Média: «La législation est floue», plaide Nicolas Melois, son directeur commercial. «Nous acceptons les [campagnes de] casinos en lignes. Je pense que ça risque d'être réglementé, quand ça le sera nous ferons ce qu'il faut.»

Pourtant, il ne faut pas s'attendre à une réglementation particulière. «La réglementation est suffisamment claire», nous dit-on, «ces sites sont interdits et il n'y a pas lieu d'en faire une nouvelle» poursuit Jean-Pierre Alezra, des RG. D'où l'ouverture récente, dans la foulée de l'affaire Kipari.com, de plusieurs enquêtes préliminaires ouvertes, cette fois, par le parquet de Paris.
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